La rivière commence chez soi : savoir comment contribuer à la lutte

Joshua Ménard
The River Starts at Home: Knowing How to Help Fight

Cette histoire est à la fois pleine d'espoir et regrettable.

Elle concerne une station d'épuration d'Ottawa qui ne parvient à filtrer que 90 % de ses eaux grises (eaux usées) et rejette des phosphates dans la rivière. Elle concerne également une station d'épuration de Toronto qui rejette des phtalates dans le lac Ontario, ainsi qu'une autre station à Vancouver qui rejette de la vaseline dans l'océan Pacifique.

Les bases de la filtration de l’eau

Les eaux grises arrivent dans la station, où elles subissent six étapes principales.

Tout d’abord, elles sont soumises à un criblage, un processus qui élimine les gros débris tels que les branches et les déchets en les retenant sur un tamis à mailles larges. Vient ensuite la coagulation, au cours de laquelle l’eau est mélangée à des produits chimiques comme le sel ou l’aluminium afin de faciliter l’agrégation de particules telles que l’argile, les bactéries et les matières organiques. La floculation est un processus similaire qui cible les débris plus fins et le limon. Un nouvel ensemble de produits chimiques est ajouté à l’eau pour transformer les particules indésirables en flocons.

Ces étapes facilitent le processus de sédimentation. À ce stade, l’eau repose dans de grands bassins et les solides se déposent au fond de la cuve, avant que l’eau ne passe par un système de filtration pour éliminer les particules microscopiques et retenir les déchets.

Enfin, l’eau subit une désinfection, au cours de laquelle des produits chimiques tels que le chlore ou même la lumière ultraviolette sont ajoutés à l’eau pour éliminer les bactéries. À ce stade, l’eau peut être réutilisée en toute sécurité et est restituée à la rivière ou acheminée vers votre domicile.

10 % à travers les fissures

Ce système de traitement à haut débit est une véritable prouesse. Par rapport à il y a 150 ans, lorsque les égouts pluviaux et les canalisations d’eaux usées déversaient des eaux grises non filtrées dans la rivière, nous avons fait un immense bond en avant. Jusqu’à 90 % de tous les déchets, bactéries et produits chimiques qui parviennent aux stations d’épuration sont filtrés.

Mais nous nous intéressons particulièrement aux 10 % restants. Ce n’est pas parce que nous aimons chipoter ou voir le verre à moitié vide, mais parce que ces 10 % de produits chimiques récalcitrants finissent par avoir un impact environnemental significatif sur nos rivières.

Par exemple, la station d’épuration d’Ottawa traite jusqu’à 90 % des phosphates qui lui parviennent. Mais ces 10 % de phosphates restants, un composé riche en phosphore couramment présent dans les produits d’entretien ménagers, constituent un véritable festin pour les algues. Le phosphore est présent à l’état naturel dans les écosystèmes aquatiques, et depuis des milliers d’années, la nature a mis au point un équilibre qui maintient chaque microbe, chaque plante et chaque poisson sous contrôle.

La surenrichissement de nos cours d’eau en nutriments tels que le phosphore provoque l’eutrophisation. En substance, les algues bénéficient d’un apport alimentaire supplémentaire, grâce à l’activité humaine. Cela les fait croître et se multiplier de manière excessive, ce qui peut entraîner des proliférations d’algues nuisibles (HAB).

Les algues produisent une substance toxique appelée « cyanotoxines » qui, en grande quantité, est extrêmement toxique pour les humains, les animaux de compagnie et les poissons. Mais les dégâts ne sont pas uniquement causés par les algues vivantes. Les bactéries présentes dans l’eau se nourrissent d’algues mortes et, ce faisant, consomment une grande partie de l’oxygène présent naturellement dans le lac ou la rivière. Cet appauvrissement en oxygène entraîne à son tour une mortalité massive des poissons et une forte baisse de la biodiversité.

Au fil du temps, ces 10 % de phosphate qui échappent à notre système de gestion des déchets peuvent entraîner une grave dégradation de l’environnement.

Mais le phosphate n’est pas le seul polluant à se retrouver dans nos eaux. Pensez aux substances chimiques toxiques présentes dans les produits d’hygiène personnelle et d’entretien ménager, comme le triclosan, les phtalates, les microplastiques et le formaldéhyde, qui finissent également dans nos lacs et nos rivières.

C’est l’effort de tous qui compte

À des doses suffisamment élevées, tout produit chimique qui n’est pas directement nocif pour nous aura des répercussions significatives sur les rivières et les lacs qui nous font vivre. Un foyer seul n’en produit pas tant que ça. Mais il faut plus qu’une goutte de pluie pour faire déborder une rivière.

Voici les chiffres.

Plus de 10 millions de Canadiens dépendent du réseau hydrographique des Grands Lacs pour leur approvisionnement en eau. 1,5 million dépendent du bassin de la rivière Bow. 2,73 millions de personnes dépendent du fleuve Fraser, soit 67 % de la population de la Colombie-Britannique.

S'étendant sur des centaines de kilomètres, ces réseaux fluviaux sont gigantesques. Il est difficile d'imaginer que des traces infimes de produits chimiques puissent entraîner des conséquences environnementales aussi désastreuses. Pourtant, rien qu'en se basant sur les niveaux de proliférations d'algues nuisibles (HAB) dans les cours d'eau canadiens, les conséquences apparaissent clairement.

Dans les années 1960, le lac Érié était considéré comme un « lac mort » en raison des rejets industriels et des eaux usées à grande échelle qui y déversaient du phosphore et provoquaient des proliférations d'algues. Le lac Winnipeg, dixième plus grand lac d’eau douce au monde, est considéré comme l’un des lacs les plus malades du Canada. Même les rivières des zones à courant lent, comme la rivière des Outaouais, sont touchées par les proliférations d’algues.

L’industrie et l’agriculture constituent une menace majeure pour la fragilité de ces écosystèmes, mais les citoyens comme vous et moi pouvons contribuer grandement à atténuer cet impact en gardant à l’esprit la règle d’or : la rivière commence chez soi.

La rivière commence chez soi

Il est facile de se sentir découragé face à tout cela. Mais la bonne nouvelle, c’est que la rivière commence chez soi.

Elle commence sous la douche, dans le lavabo de la salle de bains, dans la cuvette des toilettes, dans l’évier de la cuisine. Elle commence avec chaque produit qui s’écoule dans nos canalisations et se retrouve dans les égouts.

Tout comme nos canalisations sont toutes reliées entre elles, nous le sommes également à l’écosystème auquel nous appartenons. Ainsi, que vous utilisiez du shampoing, du savon pour les mains, de la lessive ou un produit d’entretien pour les sols, ce que vous jetez dans les canalisations finira dans la rivière. Mais le côté positif, c’est qu’il existe des gestes que vous pouvez faire pour limiter l’impact sur nos cours d’eau.

Ce que vous pouvez faire

1. Optez pour des alternatives écologiques

En cas de doute, privilégiez le vert. Les produits naturels proposés par des marques telles que Green Beaver sont respectueux de l’environnement. Nous n’utilisons aucun produit chimique ni composé nocif pour nos bassins versants.

2. Utilisez-en moins

Si vous n’êtes pas prêt à franchir le pas, en utiliser moins peut déjà aider. Utiliser plus de produit ne signifie pas toujours que c’est plus propre.

3. Éliminez-les correctement

Évitez de verser des produits chimiques ou des médicaments dans l’évier. Consultez les consignes locales en matière de gestion des déchets pour éliminer en toute sécurité les déchets dangereux et rapportez les médicaments non utilisés ou périmés à votre pharmacie locale.

4.  Militez

Soutenez des organisations telles que la Garde-rivière des Outaouais ou Environmental Defence, qui s’engagent à protéger notre environnement et nos écosystèmes.

5. Informez-vous et informez les autres

Renseignez-vous sur l’environnement et sur le rôle que jouent vos produits dans la dégradation de l’environnement. La plupart des gens, moi y compris, n’ont tout simplement jamais pris conscience de l’impact que peuvent avoir les gestes du quotidien.

Et parlez-en à vos amis et à votre famille ; après tout, l’union fait la force.

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